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LES PRATIQUES DU LOBBY SUCRE AMÉRICAIN DANS LES ANNÉES 60

LES PRATIQUES DU LOBBY SUCRE AMÉRICAIN DANS LES ANNÉES 60

Plusieurs medias (dont Courrier International) ont repris cette semaine un article du New York Times, relayant une information publiée dans la revue scientifique JAMA Internal Medicine. Cette analyse de documents des années 1950-60 indique que la Sugar Research Foundation (SRF), aujourd’hui la Sugar Association, a rémunéré trois scientifiques de Harvard pour qu’ils publient en 1967 une synthèse des recherches sur le sucre, les graisses et les maladies cardiaques en édulcorant (c’est le cas de le dire) les conclusions. Faisons le point sur cet épisode historique du lobby sucrier américain peu glorieux.

« Dans les années 1960, l’industrie sucrière [américaine] a payé des scientifiques pour que ceux-ci minimisent le lien entre la consommation de sucre et les maladies cardio-vasculaires et pour qu’ils incriminent, au lieu de cela, les acides gras animaux »

VRAI

C’est ce que montrent les documents historiques analysés par Stanton Glantz et deux autres chercheurs (associés au Dr Lustig, célèbre pourfendeur du sucre aux US) et publiés dans la revue JAMA

Plus exactement, la SRF a parrainé un projet de recherche en 1965, aboutissant à une revue de la littérature publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), mettant en évidence le rôle des lipides et du cholestérol dans les maladies coronariennes et minimisant l’impact de la consommation de sucres comme facteur de risque. La SRF aurait fixé l’objectif de la revue de la littérature, contribué au choix des articles inclus et reçu le projet d’article, sans que son financement et son rôle n’aient été divulgués.

Fort heureusement, cette absence de transparence a totalement disparu aujourd’hui et les liens d’intérêts, les financeurs privés ou publics et leurs éventuelles interventions dans le protocole ou la rédaction des articles sont systématiquement mentionnés dans les études.

 

« l’industrie du sucre a sciemment menti sur le risque cardio-vasculaire »

A nuancer

L’industrie du sucre américaine est intervenue dans le choix des articles passés en revue par les trois scientifiques mais n’a pas inventé ou modifié de données. L’article du JAMA indique d’ailleurs clairement : «  la contribution des sucres alimentaires aux maladies cardiovasculaires est encore un sujet de débat » et « Il n’y a pas de preuve directe que l’industrie sucrière ait écrit ou modifié le manuscrit soumis au NEJM »

On comptait parmi les auteurs scientifiques de l’époque le Pr Hegsted, qui travaillait dans le prestigieux département Nutrition de Harvard. Le Pr Willet, qui l’a connu et dirige aujourd’hui le département, rappelle qu’il s’agissait d’un scientifique résolument intègre et qui ne laissait pas dicter ses conclusions. Le Pr Willet, bien connu pour ne pas être un prosélyte du sucre, ajoute que les conclusions de cet article de 1967 étaient conformes à ce que l’on savait à l’époque sur les risques cardiovasculaires et l’alimentation. Pas de conspiration, donc !

 

« des conséquences dramatiques jusqu’à aujourd’hui »

Faux-09

En France comme aux Etats-Unis, les recommandations actuelles en matière de consommation de sucres et de lipides sont issues, non pas d’une étude publiée en 1967 par 3 scientifiques, mais de consensus d’experts sur de multiples études et méta-analyses, à l’échelle internationale. Les connaissances en nutrition se sont accumulées en 50 ans et la controverse scientifique sur le rôle des sucres dans les maladies cardiovasculaires se poursuit, notamment quant à l’impact des sucres ajoutés et tout particulièrement du fructose.

En conclusion, jeter le discrédit sur toute la filière française avec des termes telles que «manipulations criminelles » pour des pratiques remontant aux années 60 aux Etats-Unis, cela nous semble un peu salé !

Rappelons que pour la consommation de sucre, la France et les Etats-Unis ne boxent pas dans la même catégorie ; et chez nous, on observe une stabilité des apports en sucres depuis 50 ans, c’est un fait.  Non aux amalgames, Oui à la transparence dans la recherche !

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