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SÉRIEUSEMENT, LE SUCRE PIRE QUE LA COCAÏNE ?

SÉRIEUSEMENT, LE SUCRE PIRE QUE LA COCAÏNE ?

L’idée d’une addiction au sucre est très largement répandue. Depuis ces derniers mois, on peut lire dans la presse que le sucre est, au choix, « la nouvelle drogue », « plus puissant que l’héroïne ou la cocaïne », ou encore « l’autre poudre blanche ». Alors qu’en est-il ? L’addiction au sucre est-elle réelle ?

Si côté média les jeux semblent faits, côté scientifique le sujet fait encore débat avec des études sur les rats qui ne sont pas si facilement transposables à l’Homme.

 

Est-ce que le fait d’apprécier une pâtisserie fait de nous des drogués au sucre ?

Il ne faut pas confondre le fait d’être gourmand ou d’avoir envie d’un carré de chocolat le soir, avec de réels troubles du comportement alimentaire (type boulimie, binge eating…). Jean Zwiller, spécialiste en neurobiologie au CNRS de Strasbourg, dit d’ailleurs : « La dépendance à la cocaïne ou au crack pousse à voler, à se prostituer, vous connaissez quelqu’un qui se prostitue pour un carré de chocolat ? ».

=> Lire à ce sujet l’article de l’Express Le sucre est-il vraiment aussi addictif que la cocaïne ?

 

Il faut être clair : aujourd’hui, chez l’homme, il n’existe aucune preuve scientifique qu’un aliment ou ses nutriments puissent provoquer une addiction chez l’Homme, mis à part l’alcool (si l’on admet qu’il s’agit d’un « nutriment » !). Cependant, comme pour les jeux vidéo ou le portable, certaines personnes peuvent développer des envies compulsives pour des aliments considérés comme des aliments « plaisir », souvent gras et sucrés. Ces comportement addictifs reflètent souvent certaines difficultés psychologiques (anxiété, impulsivité, culpabilité…) ou sont la conséquence de régimes trop restrictifs : plus l’on se prive d’un aliment, plus il nous fait envie. Une prise en charge individuelle et adaptée est alors recommandée.

=> Lire à ce sujet l’article de l’Express Comment maîtriser ses compulsions alimentaires ?

La plupart des chercheurs réfutent ainsi le terme « d’addiction à un aliment » et préfèrent parler « d’addiction comportementale au fait de manger » [1].

 

L’Homme n’est pas un rat de laboratoire

Des études sur les rats sont souvent citées pour démonter la preuve de l’existence d’une addiction au sucre, comme celle du chercheur Serge Ahmed, CNRS Bordeaux datant de 2007 et très médiatisée depuis. Dans ses expériences, les rats étaient entraînés à choisir entre de l’eau sucrée (avec du sucre ou un édulcorant) et de la cocaïne en intraveineuse et se tournaient davantage vers l’eau sucrée [2].

Cependant, l’extrapolation de ces résultats à l’Homme reste controversée par les scientifiques : l’homme dans son environnement complexe n’est pas comparable à un rat en cage. Il y a des questions méthodologiques : l’entraînement des souris visant à les pousser à choisir entre un shoot de cocaïne et de l’eau sucrée se fait par un accès intermittent et c’est précisément ce sevrage alternatif qui pourrait provoquer l’accrochage à l’eau sucrée. D’autre part, il est difficile de modéliser chez les animaux les difficultés psychologiques retrouvées chez l’homme dans les troubles du comportement alimentaire. Attention donc aux raccourcis trop évidents et aux analogies simplistes entre poudres blanches…

 

Manger nous procure du plaisir, et c’est bien normal.

 L’activation du système de récompense par les produits sucrés et la libération de dopamine sont souvent mises en avant comme preuve d’une analogie avec les drogues. Rappelons tout de même que se nourrir, boire, interagir avec les autres individus, et se reproduire sont des activités essentielles à la survie. Elles sont généralement associées à une sensation de satisfaction, voire de plaisir, afin d’apporter la motivation nécessaire à la reproduction de ces actions.

Pour la plupart d’entre nous, cette récompense prend naturellement fin : le plaisir que l’on éprouve à manger diminue au fur et à mesure de la consommation ou du repas, grâce à des mécanismes de régulation liés aux sensations de faim, d’estomac « plein » et de rassasiement.

Si l’attirance pour la saveur sucrée est innée et reliée à un besoin physiologique, elle diminue au cours de la vie pour laisser place à l’appréciation des autres saveurs.

L’activation de ce système de récompense est donc « normale », et heureusement que nous éprouvons du plaisir à manger ! Cependant, les drogues empruntent ce même circuit et détournent son fonctionnement naturel. Elles provoquent une libération de dopamine 10 fois plus importante que les aliments [3], totalement déconnectée des besoins vitaux de l’organisme, et peuvent bloquer les mécanismes de régulation.

 

Pour aller plus loin, découvrez notre vidéo Le sucre rend-il accro ?

 

Que retenir ?  

– Il n’existe pas d’addiction à un aliment (addiction à une substance)

– Certaines personnes développe cependant une addiction au fait de manger (addiction comportementale)

– On ne peut pas si facilement extrapoler les résultats d’études animales à l’Homme

– Ce sont les drogues qui détournent le système de la récompense en le déconnectant d’un besoin vital.

 

 


[1] – “Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eatingbehavior. Hebebrand J, et al. Neurosci Biobehav Rev. 2014 Nov

– A commentary on the “eating addiction” versus “food addiction” perspectives on addictive-like food consumption. Schulte M., Appetite, 2017

[2] « Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward » August 2007 http://www.bordeaux-neurocampus.fr/fr/divers/com-archives/ahmed-sucreries.html

[3] 45 % pour les aliments contre 500% pour les drogues (cocaïne, héroïne). « Le gout sucré, de l’enfance… à la dépendance ? » Nicklaus S, Divert C. Cah Nutr Diét. 2013

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