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« LES SUCRES PIRES QUE LES GRAISSES ? » : PAS SI VITE !

« LES SUCRES PIRES QUE LES GRAISSES ? » : PAS SI VITE !

Plusieurs articles cette semaine, comme celui du Point indiquaient que les sucres seraient pires que les graisses en ce qui concerne les risques de mortalité et de maladies cardio-vasculaires. Un titre bien alarmiste pour des résultats d’une analyse scientifique* qui sont à remettre dans leur contexte de consommation : l’analyse porte sur 18 pays aux habitudes alimentaires très variées et dont 15 sont des pays à revenus faibles ou moyens.

Alors, avant de remplacer vos biscuits par des chips ou du saucisson, nous vous conseillons de lire ce billet !

 

« Les sucres augmentent la mortalité : il y a une différence de 28 % entre ceux qui en avalent le plus et ceux qui en consomment le moins. »

 

 

 

 

 

Tout d’abord, il y a une confusion, malheureusement fréquente, entre sucres et glucides, les glucides regroupant à la fois les différentes formes de sucres (ou glucides simples) – comme le saccharose et le fructose provenant du sucre ajouté, des fruits, etc. – et les glucides complexes – majoritairement l’amidon provenant des pâtes, du pain, du riz et autres féculents. L’article scientifique parle bien de glucides et non des seuls sucres.

Deuxièmement, comme il est bien précisé par Le Point, cette conclusion des glucides qui augmenteraient la mortalité n’est établie qu’en comparant les plus grands consommateurs avec les plus faibles. Or, dans ces pays aux revenus relativement bas, la consommation de glucides est bien plus élevée qu’en France, notamment en Chine, au sud de l’Asie et en Afrique.

Les forts consommateurs de cette étude ont une alimentation composée à plus de 75 % de glucides, provenant principalement des féculents comme le riz et le pain blanc ! Ils sont comparés aux faibles consommateurs de l’étude ayant 46 % des calories apportées par les glucides, ce qui est très proche de la consommation en France : 44% de glucides[1]. Et c’est justement chez ces faibles consommateurs que le risque de mortalité et de maladies cardio-vasculaires est le plus faible.

Autre point, c’est une étude vaste et très sérieuse mais qui demeure une étude d’observation. Les consommations de glucides les plus élevées sont celles des pays les plus pauvres où la mortalité plus élevée est aussi liée à l’accès aux soins, au risques infectieux, etc.

A lire, la critique scientifique et les apparentes « surprises » de cette étude par un expert en nutrition.

 

« Si l’on remplaçait 5 % de l’apport calorique venant des glucides par des acides gras polyinsaturés, on diminuerait la mortalité d’environ 12 %. »

 

 

 

 

 

Pour interpréter ce résultat, le raisonnement est le même que précédemment :  ces résultats sont observés dans une population spécifique, caractérisée par une alimentation où les glucides sont de très loin la source principale des calories qui laisse peu de place à la diversité donc aux autres nutriments (acides gras essentiels, vitamines, protéines …). Pas sûr qu’on obtienne le même résultat dans les pays où la consommation en acides gras est déjà proche, voire supérieure, aux recommandations !

Finalement, les chercheurs recommandent d’avoir un apport intermédiaire en glucides (50 à 55% des apports caloriques) plutôt qu’un régime pauvre ou très riche en glucides, pour un apport en lipides d’environ 35% de l’énergie ; ce qui est très proche des recommandations et des consommations françaises.

En conclusion, Le Point est allé un peu vite en laissant le lecteur penser qu’il doit augmenter sa consommation de graisses et que les recommandations actuelles doivent être revues. L’idée  à retenir de cette étude serait plutôt que dans les pays les moins favorisés,il serait intéressant de mettre en place des actions de prévention pour favoriser une alimentation diversifiée rendant notamment plus accessibles les sources de matières grasses et de protéines.

 

 

* The lancet. M. Dehghan, et al., 2017. Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study

[1]  Anses, 2016. INCA 2 : les résultats d’une grande étude

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