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SUCRES AJOUTES, SUCRES TOTAUX,  SCIENCE & VIE S’Y PERD !

SUCRES AJOUTES, SUCRES TOTAUX, SCIENCE & VIE S’Y PERD !

Malgré une abondance de chiffres et des interviews de quelques spécialistes de la nutrition, ce nouvel article sur le sucre « La grande intox ? » paru dans Science & Vie de Juillet 2017 ne déroge pas la règle des raccourcis et des confusions sur le sujet « sucre ».

Science & Vie : « Une consommation de sucre en excès dans de nombreux pays »

 

 

 

 

 

Dans un bel effort de comparaison, un graphique présente les pays classés en fonction de leur consommation de sucres ajoutés. Problème : après vérification pour les Etats-Unis, le Royaume Uni et la France, les chiffres ne sont pas les bons !

Les consommations US affichées à 120 g/j correspondent au total des sucres (sucres ajoutés et naturellement présents) ; les données officielles US en sucres ajoutés se rapprochent plutôt de 65 g/j en moyenne (ce qui est beaucoup, nous sommes d’accord)[1]. Pour le Royaume-Uni, il est indiqué 90 g/j mais la source officielle donne entre 49 et 68g/j de sucres libres pour femmes et hommes adultes[2]. Pour la France, il est indiqué 70 g/j alors que la moyenne des apports en sucres ajoutés publiée récemment est de 52 g/j[3].

A la décharge de l’auteur, il est certain que tout cela est bien compliqué entre sucre, sucres et sucres ajoutés (voir l’article sur les recommandations et consommations réelles de sucre à ce sujet). Mais ces chiffres faux amènent à une conclusion erronée que nos apports en sucres sont en moyenne très, très au-dessus des recommandations.

Ce qui est juste, c’est qu’une partie de la population est au-delà des limites proposées par l’Anses : 20% des adultes, 33% des jeunes adultes ont des apports supérieurs à 100 g/j de sucres hors lactose (et non pas de sucre seul comme c’est écrit).

 

Science & Vie : “les sucres ajoutés : ils sont partout”

 

 

 

 

 

Le journalise indique que, même sans avoir un goût sucré, un aliment contient du sucre en plus en moins grande quantité. Vous imaginez bien, exception faite sur le ketchup, un condiment sucré-salé, que les teneurs en sucre des produits salés sont généralement minimes (par exemple, moins de 1 % de sucres ajoutés dans les soupes prêtes à consommer).

Là encore, il s’agit d’une confusion entre « sucres ajoutés » et sucres totaux (ajoutés + naturellement présents). Par exemple, pour des petits pois – carotte surgelés (non cuisinés), il y a 4 g de sucres pour 7 g de glucides[4], ce sont donc les sucres naturellement contenus dans les légumes. Cependant, une conserve préparée « à l’étuvée » contiendra aussi des sucres ajoutés car il s’agit de la recette traditionnelle : pour le savoir, aidez-vous de la liste des ingrédients !

Pour en savoir plus, voir notre article “Les sucres sont-ils vraiment cachés ?”


Science & Vie : [Le sucre est] “hautement addictif”

 

 

 

 

 

L’auteur était bien parti en parlant de « controverse » ou en disant que « Cette option ne fait pas consensus », se référant notamment à une publication scientifique[5] qui conclut que classer le sucre dans les substances addictives  est prématuré ;  pourtant, on sent dans sa rédaction un réel parti pris.

S’il est vrai que l’équipe de Serge Ahmed a montré que les rats pouvaient préférer le sucre aux drogues dures, ces études ont lieu dans des conditions expérimentales particulières (accès restreint à l’alimentation) et démontrent plutôt une récompense forte à la saveur sucrée qu’une addiction au sucre (mêmes résultats obtenus avec de l’eau édulcorée, sans ajout de sucre[6]).

Ces résultats sont peu extrapolables à l’Homme. A la place, d’autres chercheurs reconnaissent une addiction comportementale au fait de manger ou des troubles du comportement alimentaire[7].

Nous disons donc « non » à la théorie de l’addiction au sucre ! Il est très clair que les troubles du comportement alimentaire entraînent chez certaines personnes des souffrances qui doivent être prises en charge. Mais réduire le débat en affirmant que le sucre (ou l’une de ses composantes, le glucose) est comparable à une drogue dure n’est pas acceptable. On le sait aujourd’hui, entrer “en guerre” contre les aliments et s’imposer des interdits ou des régimes restrictifs n’est pas la bonne solution en matière de prévention.

 


[1] Dietary Guidelines Advisory Committee report (2015)

[2] Public Health England, SACN report on sugars (2015),

[3] Nutrients, Lluch et al., 2017, d’après Enquête INCA-Anses 2006

et Avis Anses sur les sucres (2016)

[4] Table de composition nutritionnelle CIQUAL 2016.

[5] Sugar addiction: the state of the science. Westwater ML, Fletcher PC, Ziauddeen H. Eur J Nutr. 2016 Nov.

[6] Drug versus sweet reward: greater attraction to and preference for sweet versus drug cues. Madsen HB, Ahmed SH. Addict Biol. 2015 May.

[7] “Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eating behavior. Hebebrand J, et al.. Neurosci Biobehav Rev. 2014 Nov.

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