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LE SUCRE: ENCORE ET TOUJOURS UNE DROGUE ?

LE SUCRE: ENCORE ET TOUJOURS UNE DROGUE ?

Confusion entre véritable addiction et comportement compulsifs, suite (mais sans doute pas fin).

Madame Figaro nous propose de déceler les signes qui feraient de nous des « addicts » au sucre. Le titre de l’article lui-même contient cette erreur courante, mais ce n’est (hélas) pas qu’un effet de style. L’article, à charge, recèle de multiples erreurs.

 

« La poudre blanche peut rendre les consommateurs dépendants »

 

 

 

 

Comme nous l’avons déjà dit ici et là,  le sucre n’est pas une drogue. Pas plus que n’importe quel aliment d’ailleurs.

Contrairement à ce qui est affirmé, aucune étude ne démontre de dépendance au sucre chez l’homme. L’article cite une étude du CNRS de Bordeaux de 2015. C’est bien de rappeler que l’étude porte sur des rats toxicomanes qui, après entraînement, préfèrent de l’eau sucrée avec un édulcorant, la saccharine, à un shoot de cocaïne. Et cela montre clairement que la récompense liée au goût sucré motive fortement les rats à agir, et nous aussi sans doute. De là à dire que cela prouve que le sucre ou les aliments sucrés sont des drogues…

Attention à ne pas tout confondre : pulsion et addiction sont bien différentes ! Un schéma vaut mieux que de longs discours :

 

sucre et envie compulsive

 

« (les sucres naturels) sont indispensables à l’organisme, (les sucres transformés) perdent tout intérêt nutritif lors de la transformation industrielle. »

 

 

 

 

Il n’y a pas de différence nutritionnelle entre les sucres naturellement présents dans certains aliments et  le sucre extrait de la betterave ou de la canne à sucre. C’est l’autorité sanitaire française, l’Anses, qui le dit dans son dernier rapport d’experts.

 

« Les personnes attirées par les saveurs sucrées ont souvent une plus grande fragilité émotionnelle que celles attirées par le salé. »

 

 

 

 

 

Comme beaucoup de mammifères, nous sommes tous attirés dès la naissance par le goût sucré (voir notre autre billet « Libérés, délivrés du sucre en 3 semaines »). La stimulation sucrée du lait maternel déclenche spontanément chez le nouveau-né un réflexe d’acceptation, à l’opposé du sel ou du citron. C’est grâce à ce mécanisme évolutif que le nouveau-né recherche le lait maternel (une source sûre de nutriments) qui va lui permettre de se développer. Attirance ne signifie pas dépendance. Dire que celles et ceux qui se définissent plutôt sucré que salé sont plus enclins à la dépendance est donc un peu rapide…

 

« Il y a une différence entre aimer une pâtisserie, que l’on déguste passionnément à l’occasion, et avoir une envie incontrôlable et presque quotidienne de manger du sucre. »

 

 

 

 

Avoir envie de 2 carrés de chocolat le soir, ce n’est ni une addiction, ni un comportement compulsif. Les comportements alimentaires compulsifs du type boulimie ou hyperphagie boulimique (envies irrépressibles et récurrentes de manger ou plutôt d’avaler, souvent en grande quantité) toucheraient environ 5 à 10% de la population en Europe.

 

« Le stress, la déception et l’agacement lorsque l’on n’a pas sa dose sont très révélateurs. »

 

 

 

 

Les facteurs psychologiques ont un impact majeur sur la manière dont nous nous alimentons. Il existe un phénomène dit de « restriction cognitive » par lequel on se prive d’aliments jugés « grossissants » par peur des kilos en trop. On entre alors dans un cercle psychologique de frustrations et de pertes de contrôles, qui est indépendant des aliments ou du sucre en particulier et ne relève pas d’une addiction.

 

« La privation conduit à manger en excès dès que l’on s’autorise un écart. »

 

 

 

 

Nous n’aurions pas mieux dit ! Se priver entraîne souvent une insatisfaction et une petite note sucrée a toute sa place dans une alimentation équilibrée et variée.

 

Pour conclure, nous dirons… comme toujours… qu’il faut manger un peu de tout, à l’occasion des repas, avec plaisir et sans excès ! (voir notre billet « diaboliser le sucre n’est pas une bonne stratégie »)

 

Arrêter le sucre ?

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