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DES RAISONS OU DÉRAISON D’ARRÊTER LE SUCRE ?

DES RAISONS OU DÉRAISON D’ARRÊTER LE SUCRE ?

Selon le dictionnaire, une raison est « ce qui rend compte d’un fait ». Comment alors faire la part des choses entre les magazines Biba et Gala, le premier listant 5 bonnes raisons de ne pas arrêter de manger du sucre, le second en trouvant 5 pour ne pas continuer ?

Après le fact-checking pour Biba (5 bonnes raisons de ne pas arrêter le sucre), place à celui de Gala sur les raisons d’arrêter !

 

Gala :  1/ Parce qu’on en mange réso­lu­ment trop

 

 

 

 

L’auteur de l’article rappelle fort justement les recommandations de l’OMS concernant les apports en sucres libres (sucres ajoutés et sucres des jus de fruits), fixées à moins de 50 g/j ou 10 % des calories. Mais elle se trompe en indiquant que la consom­ma­tion moyenne des Français en sucres libres tourne autour de 100 g/j car ces 100 g correspondent aux sucres totaux.

Les sucres libres quant à eux représentent selon l’étude INCA2 et l’analyse récente de l’INRA (1) un apport moyen de 9,5 % de l’apport énergétique des adultes français et 90,2 g/j de sucres totaux dont 51,9 g/j de sucres libres.

Tout serait donc au mieux dans le meilleur des mondes ? La moyenne est une chose mais il faut aussi regarder la distribution des apports en sucres libres : 41 % des adultes dépassent le seuil de 10%, ce qui n’est pas rien ! Attention, c’est un seuil, aussi les sujets ayant des apports en sucres libres de 10,1% sont considérés comme mangeant « trop » de sucres tout comme ceux qui ont des apports élevés à 15% ou plus des calories. Les adultes de ce groupe au-delà des 10% sont plus jeunes, plus tournés vers les boissons et le grignotage sucrés mais avec un surpoids et une obésité moindres.

Dans son important rapport sur les sucres publié en janvier 2017 (2), L’ANSES, Agence française de sécurité alimentaire,  a proposé un autre seuil qui porte sur tous les sucres des aliments hors lactose, le fixant à moins de 100g/j ; les Français, toujours selon l’ANSES, ont des apports en moyenne de l’ordre de 80 g/j de sucres hors lactose et  20% de la population adulte dépasse cette limite. Cette proportion monte à 33% chez les jeunes adultes (18-34 ans), cible à surveiller selon l’ANSES.

Recommandations OMS ANSES

 

Gala : 2/ Parce qu’on devient vite accro

 

 

 

 

C’est une idée qui fait le buzz : le sucre a un goût de « reviens-y », mais peut-on affirmer qu’il agit comme une vraie drogue ? Pour nous, la réponse est claire : c’est NON, comme on l’explique ici.

Nous sommes probablement conditionnés par un mécanisme évolutif à être récompensés pour la consommation de calories sucrées. Mais, fort heureusement, nous avons aussi des systèmes complexes de régulation de la prise alimentaire à court et long termes pour nous arrêter de manger.

Pour en savoir plus 

 

3/ Parce que ce n’est pas top pour la peau

 

 

 

 

Ah, la fameuse glycation des protéines, responsable des rides et ridules. C’est vrai, le glucose se fixe autour des fibres de collagène et d’élastine de la peau, empêchant leur renouvellement. La substance sous cutanée qui soutient le derme perd alors en élasticité et en tonicité. La glycation apparaît donc bien comme un facteur de vieillissement du tissu cutané, associé à nos apports en glucose.

Mais une fois encore, ne confondons pas sucre et glucose. Certes, le sucre est une source de glucose parmi tous les glucides mais représente 20 à 25% de nos apports en glucides. C’est entendu, l’alimentation est un déterminant important dans le vieillissement cutané mais le soleil, la génétique individuelle (et le temps qui passe) en sont d’autres.

Voir aussi notre article sur “Le sucre et les rides”

 

4/ Parce qu’on n’a pas besoin non plus de tout arrê­ter

 

 

 

 

La suggestion de l’auteure de passer au « slow sugar » plutôt qu’au « no sugar » ne nous paraît pas insensée. On sait aujourd’hui à quoi aboutissent les tentatives de régimes dissociés : risques pour la santé, échec quasi-garanti à moyen terme et 90% de chance (si l’on peut dire) de reprendre le poids éventuellement perdu, avec parfois même un bonus… (3)

Conclusion : plutôt que de chercher de bonnes ou de mauvaises raisons, notre idée est de raison garder. Autrement dit, éviter les excès, garder du plaisir à table. En un mot, la tempérance, comme le suggérait Molière “Précisément, pour bien vivre, il faut un peu de tempérance” (Molière , Acte I, Scène 1 – Carlo Goldon)

 

Références :
(1) Lluch A et al., Nutrients, 2017, 9(2), 162; doi:10.3390/nu9020162 http://www.mdpi.com/2072-6643/9/2/162
(2) Rapport Anses, Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d’apport de sucres, décembre 2016, www.anses.fr/
(3) Rapport Anses, Risques sanitaires liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement, novembre 2010, www.anses.fr

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