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PASSER LE SUCRE À TABAC, EST-CE BIEN RAISONNABLE ?

PASSER LE SUCRE À TABAC, EST-CE BIEN RAISONNABLE ?

Il nous est déjà tous arrivé de « craquer » sur un carré de chocolat ou une petite sucrerie que l’on apprécie particulièrement. Est-ce que cela fait pour autant du sucre une « drogue » ou un produit auquel on serait « accro » comme le tabac ? C’est en tout cas ce que cet article d’Atlantico laisse penser en donnant une vision très anxiogène de la consommation de sucre, pleine de contre-sens.


« Le sucre favorise la prise de poids. »

 

 

 

 

Aucune relation directe entre consommation de sucre – en dehors d’apports caloriques excessifs – et prise de poids n’a été mise en évidence dans les études récentes. C’est en effet l’excès calorique d’un apport élevé en sucre qui peut entrainer une prise de poids, et non le sucre en lui-même de par sa composition ou propriétés quelconques, comme le soulignent l’ANSES[1] et l’OMS[2].

Attention donc aux raccourcis !

 

« Un manque important de glucose provoque un malaise et au maximum un coma. […] Le sucre agit en effet un peu comme une drogue. »

 

 

 

 

Comme le rappelle justement le Dr Gayet dans son article, le glucose est un nutriment essentiel à la vie, toutes nos cellules en ont besoin et plus particulièrement notre cerveau et nos muscles. Il semble donc logique que notre organisme, lorsqu’il est en manque sévère de glucose, réagisse par exemple par un malaise en cas d’hypoglycémie intense après un jeûne ou dans le cadre d’un diabète. Mais cela n’est en rien comparable avec un manque de drogue ou de nicotine. D’ailleurs, le rapport de l’OMS en 2004 ne reconnaît pas l’existence d’addiction ou de dépendance de nature alimentaire, à l’exception de la caféine et des boissons alcoolisées via des mécanismes très spécifiques.

Si l’on suit ce même raisonnement avec d’autres éléments essentiels à la vie, comme l’oxygène ou l’eau, nous ne serions pas « dépendants » qu’au glucose ! Nous voyons donc bien que cet argument n’est pas suffisant pour conclure que l’on peut être accro au sucre comme au tabac.

 

sucre et envie compulsive

 

« L’appétence pour le sucre est élevée chez l’enfant. »

 

 

 

 

On constate effectivement une plus forte attirance pour le goût sucré chez les enfants et adolescents que les adultes. Cette préférence pour le sucré diminue à l’adolescence pour laisser place à plus de saveurs appréciées à l’âge adulte, les raisons sont encore mal connues mais pourraient être liées à la baisse de besoin énergétique en fin de période de croissance[3].

… MAIS cela ne rend pas pour autant les enfants « addicts » au sucre, comme le conclut l’article.


« La comparaison avec le tabac est décidément bonne. »

      et encore         

Comme vous l’aurez compris, il n’existe aucune preuve fondée permettant de conclure que le sucre est comparable avec le tabac.

Le sucre a toute sa place dans une alimentation variée et sans excès, donc équilibrée. Et de manière générale nous ne pensons pas que la peur ou la diabolisation d’un aliment soit la meilleure méthode pour (ré)apprendre à bien manger. Les messages culpabilisants sont même contre-productifs, comme nous l’avions exposé dans cet autre article (diaboliser le sucre n’est pas une bonne stratégie).

 

[1]  Anses, 2016. Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d’apport de sucres
[2] WHO, 2015. Guideline : Sugars intake for adults and children
[3] JA Mennella, S Finkbeiner and DR Reed, The proof is in the pudding: children prefer lower fat but higher sugar than do mothers, 2012.

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