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ÉMISSION C DANS L’AIR : ET SI ON ARRÊTAIT LES FAKE NEWS ?

ÉMISSION C DANS L’AIR : ET SI ON ARRÊTAIT LES FAKE NEWS ?

C’était la période de la Chandeleur et Bruce Toussaint s’interrogeait en introduction dans l’émission « C dans l’air » de France 5, sur la possibilité de mettre encore du sucre sur ses crêpes, tant celui-ci est attaqué de toutes parts ! Bien heureusement, les intervenants l’ont rassuré en l’invitant à une consommation sans excès, mais en conservant du plaisir à manger. Ce sera d’ailleurs le leitmotiv plutôt bien vu de l’émission, mais revenons sur quelques affirmations, pour certaines loin d’être exactes.

 

« Nous consommons trop de sucre, beaucoup trop ! »

 Les chiffres présentés ne sont pas comparables !

 

 

 

Pour rappel, l’OMS a établi en 2015 une recommandation proposant de limiter ses apports en sucres libres (sucres ajoutés et sucres des jus de fruits) à moins de 10% des calories quotidiennes. Ce qui équivaut chez les adultes à 50 g/j pour les femmes et 60 g/j pour les hommes (les 25 g/j évoqués sont une recommandation conditionnelle reposant sur la carie dentaire) (1).

D’où vient la valeur de 100 g/j ? C’est une donnée tirée d’enquêtes de consommation en France et qui correspond à TOUS les sucres apportés par l’alimentation, les sucres des fruits, des légumes, des produits laitiers ainsi que les sucres ajoutés au chocolat, aux biscuits ou aux boissons, etc (2).

En France, nos consommations en sucres libres sont estimées à 50 g/j en moyenne (3), ce qui signifie qu’en moyenne les Français respectent la recommandation. Même si une partie de la population est effectivement au-delà voire très au-delà des recommandations de l’OMS, tous les Français ne consomment pas 4 fois trop de sucre !

Pour plus de clarté, un rappel de ce que sont : sucres libres, sucres totaux, sucres naturellement présents.

 

sucres-libres

 

Quant à la référence au film Sugarland et aux consommations de sucre australiennes, voyez notre billet « Sugarland : au pays des candies ».

 

« Un enfant de 7 ans a consommé autant de sucre que son grand-père pendant toute sa vie. »

L’enfant a consommé 7 fois moins de sucre que son grand-père.

 

 

Difficile de savoir d’où vient cette idée fausse. Refaisons le calcul d’après les données de consommation disponibles : pour un grand-père ayant 70 ans aujourd’hui, sa consommation était dans son enfance de l’ordre de 15 kg/an dans ses jeunes années d’après-guerre. Les ventes de sucre et la consommation par habitant ont légèrement augmenté jusque dans les années 60 en France mais sont stables depuis, à hauteur d’environ 20 kg/an (4).

Ainsi, en considérant que le grand-père est resté toute sa vie avec un même niveau de consommation (70 ans x 15kg/an), il a consommé plus de 1000 kg de sucre depuis sa naissance tandis que son petit-fils à l’âge de 7 ans en est à 140 kg de sucre, soit 7 fois moins ! L’image était séduisante pour confirmer une possible « explosion » de nos consommations de sucre, mais elle est complètement fausse.

 

« Des sucres cachés en masse, et c’est impossible de le savoir ! »

Attention aux confusions entre sucres ajoutés, sucres totaux et glucides.

 

 

Nous avons repris l’exemple du yaourt à boire : 23 équivalents morceaux de sucre annoncés ! Effectivement, l’étiquette annonce 11 % de sucres, constitués du lactose du lait et des sucres ajoutés (sucre de betterave et sirop de glucose-fructose issu de l’amidon) ; le calcul est juste mais c’est ce que contient une bouteille de 850 g ! De plus, ce sont les sucres totaux qui sont indiqués sur l’emballage et jamais les sucres ajoutés.

 

Pour les sandwichs au pain suédois, il est dit qu’ils contiennent 68 g de sucres par portion. Faux, confusion entre glucides et sucres ! Il s’agit de la teneur en glucides pour 230 g de sandwich (soit 30 g/100 g). Mais ce qui est juste, c’est que ce type de sandwich contient des sucres ajoutés (11 g par portion, soit 4,5 g/100g). Il y a du sucre dans le pain suédois et d’autres sucres ajoutés dans la garniture telle que le jambon (dextrose ou sirop de glucose issus de l’amidon, lactose en poudre).

Comme le souligne Thomas Clouet, « Le sucre en lui-même, ça fait partie des plaisirs », « les mots-clés sont autour de l’excès et de la pondération ». Et si on s’arrêtait là ?

 


(1) OMS, 2015. Guideline : Sugars intake for adults and children
(2) INCA 2, Étude Individuelle Nationale des Consommations Alimentaires 2 (2006-2007)
(3) LLuch et coll.,Nutrients 2017
(4) Estimation à partir des données FAO stat de disponibilité alimentaire du sucre en prenant en compte l’écart habituellement constaté entre la disponibilité et les consommations individuelles.

 

 

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